Bonsoir, je publie enfin cette note, restée depuis plusieurs semaines dans mes tiroirs.
J'ai passé une heure en apesanteur un soir de septembre à l’auditorium Saint Germain où se produisait l’ensemble Volta:
Nadia Ratsimandresy et Augustin Viard, ondes martenot
Victor Paimblanc, guitare électrique
Lucie Antunes, percussions
3 pièces étaient au programme dans cet ordre:
Yoshihisa Taïra Luisances pour deux ondes martenot, guitare électrique et percussions.
Roger Tessier Fissure(s) pour ondéa et guitare électrique
Tristan Murail Les nuages de Magellan pour deux ondes martenot, guitare électrique et percussion
Si j’étais venu à l’invitation de Nadia Ratsimandresy dont l’aura magnétique n’a d’égale que la légèreté et l’élégance avec lesquelles elle survole son "Onde", j’ai été subjugué par le travail de Lucie Antunes aux percussions. L’auditorium Saint Germain est une salle merveilleuse de par sa qualité acoustique et la proximité immédiate, évidente avec la scène et qui aura favorisé sans doutes cette révélation.
Quelle exigence, physique, mentale, morale, intellectuelle...
J'ai aimé cette chorégraphie magistrale, la nature des pièces jouées, des oeuvres de rupture partageant tour à tour l’espace entre errances terriennes, projections célestes, incendies stellaires, pluies orgasmiques et tempêtes magnétiques.
Je ne sais pas à quoi ressemble une partition d’onde martenot ni de percussions. J’imaginais hier soir une sorte de BD avec son lot de GooooNG de wizzzzzzzzzzzzz, de splash, un champ dévasté, un Verdun sur papier.
J'ai adoré ce dialogue intense, le rapport charnel, physique du percussioniste à ses instruments, à sa matière sonore, et la mise en scène antithétique de l'onde avec ces 3 émetteurs à distance. J'ai été balladé sans cesse entre les deux pôles de cet aimant musical, tantôt avec douceur et subtilité, tantôt avec force et sauvagerie, mais toujours avec un indicible bonheur.
J'ai aimé Taïra pour sa délicatesse et sa sensualité, une poétique moderne. Que dire des Nuages magnétiques de Tristan Murail, œuvre la plus complète et la plus aboutie des 3 présentées ce soir là. Une oeuvre puissante aux articulations complexes, d'une ampleur magistrale, un équilibre parfait. Ce sont des moments comme ceux-là qui font que j’aime toujours Paris. L’improvisation y est encore possible pour peu qu’on s’en donne la peine. La beauté accessible si on ouvre les yeux.
Merci.
