Il y a des mots dans la langue française qui ont une saveur incommensurable. "Fulgurance" fait partie de mon petit "Panthéon" lexicologique. Jamais sans doutes cette lueur électrique, cet éclair stratosphérique n'auront frappé mon iris avec autant de "brillance" et d'éclat.
Pour tout vous dire je ne suis pas un fan au sens commun, trépidant à la lecture des frasques de mes artistes préférés dans mon magazine fétiche. A proprement parlé, je trouve la presse "rock" française affligeante pour ne pas dire pire (si si c'est possible). Mis à part "Magic" dans lequel je retrouve cette intensité, cette cohérence rédactionnelle, ce parti prix musical. Mais j'en reviens à ce pavé de 400 pages qui a frappé mon imagination avec force et soudaineté. La grande vertu de cet été "climatologiquement" humide, aura été de me plonger dans une frénésie littéraire "rock", avec Nick Kent comme guide iconoclaste sur les chemins de l'écrit.
C'est un récit bouleversant, merveilleux de simplicité, d'effacement face à l'histoire, le tout dans un style magistral de maitrise et de légèreté. Le long chapitre introductif sur les "Beach Boys" est à lui seul un morceau d'anthologie. Un no man's land effrayant où l'on pense se noyer sans cesse, mais où une main charitable vient miraculeusement vous sortir de l'eau au souffle ultime. Le talent de Kent réside dans cette capacité à restituer l'effroyable douleur d'un Brian Wilson à la dérive avec une absence totale de voyeurisme. C'est cette formidable capacité "dualistique" à être au plus prêt du foyer tout en gardant la distance juste qui donne une force émotionnelle incomparable au récit. Une plongée en abime, dont on ne sort pas indemne, un partage douloureux de ce qui rend les âmes si noires parfois...
Mais c'est aussi un filtre briseur de mythe, casseur de rêve, méprisant sans vergogne l'idéal le plus pur. A quoi ressemble de ce côté ci du miroir, un Brian Jones, un Sid Vicious et plus surprenant encore un Miles Davis. Nick Kent, en rock critique "impressionniste" dépose sur sa toile blanche les touches subtiles d'une oeuvre en marche. Délicatement les traits s'affinent, les reliefs s'accentuent, les ombres vous hantent, pour au final laisser à votre regard la "vérité" nue de cet autre qu'il questionne.
Définitivement Incontournable...






